ADHV 4 E 43 / 216 - 26/03/1784 - Inventaire de Léonard Tuilléras, tourneur à Baubiat

Aujourd'hui vingt-quatrième jour du mois de décembre mil sept cent quatre vingt trois à huit heures du matin, au bourg paroissial de Linars Haut limousin, par-devant nous m° Jean Louis Chaussade notaire royal héréditaire en la sénéchaussée de Limoges soussigné, est comparu Léonarde Deblois veuve de Léonard Tuilléras, tourneur demeurant au village de Baubiat paroisse dudit Linars, laquelle nous a dit et exposé que sondit feu mari, par le contrat de mariage de Catherine Tuilléras sa fille (de son second mariage avec feu Marie Pingou) avec Denis Arnaud, du 20 février dernier passé devant le notaire royal soussigné contrôlé, aurait fait donation à sadite fille de la moitié de tous et un chacun ses biens meubles et immeubles présents et à venir, sous le support de la moitié des charges et dettes actives et passives, à condition expresse de payer la moitié des légitimes ou constitutions qu'il ferait suivant ses facultés à ses autres enfants et à ladite comparante, qu'en outre il avait promis par le même contrat de ne faire d'autre héritier universel que la future épouse sadite fille à laquelle il promit de garder sa succession, sans cependant borner ses libéralités en faveur des autres enfants, se réservant toujours de disposer de ses biens à son gré et volonté, en instituant toujours sadite fille son héritière universelle, et que ledit Tuilléras étant venu à décéder le quatre du présent mois, huit jours après son décès ledit Denis Arnaud et ladite Catherine Tuilléras, ne voulant se porter héritiers de leur père et beau-père ni accepter l'hérédité, ont quitté la maison dudit feu Tuilléras et même ont pris le parti ainsi qu'elle en demeure [avertie] d'obtenir des lettres de répudiation de l'hérédité dudit Tuilléras père. Dans cette circonstance, la comparante voulant dès à présent éviter toute confusion d'hérédité et prévenir les réclamations que ses enfants, lesdits Arnaud et sa femme et les créanciers pourraient faire contre elle, elle désire de faire constater le mobilier que son mari a laissé, en conséquence nous a requis de nous transporter ce matin dans la maison domiciliaire dudit feu Tuilléras dans laquelle il est décédé, pour faire inventaire du mobilier, titres, papiers et documents dépendant de sa succession, sans qu'elle entende par raison de ce prendre aucune qualité qui lui soit de préjudice et sous la réserve expresse qu'elle fait de tous les droits, actions, prétentions et reprises qu'elle a à exercer contre ladite hérédité, tant en vertu de son contrat de mariage qu'autrement, sous l'offre qu'elle fait de faire trouver des parents dudit feu Tuilléras et des siens pour être présents audit inventaire, à fin d'éviter des frais judiciaires qui tomberaient en pure perte sur les enfants dudit feu Tuilléras et sur le rapport d'un expert qu'elle y fera aussi trouver, duquel nous prendrons le serment au cas requis, ce que nous lui avons accordé et sur son requis lui avons donné acte de son exposé et a déclaré ne savoir signer de ce interpellée. CHAUSSADE
Et advenant ledit jour vingt quatrième décembre mil sept cent quatre vingt trois à neuf heures du matin nous notaire royal soussigné, accompagné de nos témoins bas nommés, nous sommes portés audit village de Baubiat dans la maison où est décédé ledit feu Tuilléras, où étant avons trouvé Léonard Tuilléras, laboureur au même lieu frère du défunt, Jean Garat tisserand demeurant au lieu du Puylarousse paroisse dudit Linars neveu du défunt, Pierre Denardou laboureur au village du Nouhaud même paroisse, neveu à la mode de Bretagne du défunt, Charles Pingou laboureur au village de Sous le Croux même paroisse beau-frère du défunt, Jean Deblois laboureur au village de Bourdelas paroisse de St Méard frère de la veuve et beau-frère dudit feu Tuilléras, Léonard Pinchou laboureur au même lieu cousin au troisième degré de ladite Deblois et de son feu mari et Pierre Gourserol laboureur du même lieu leur beau-frère, à tous lesquels avons fait lecture de l'exposé de ladite Deblois, ce fait ont dit vouloir assister audit inventaire qu'elle se propose de faire faire et avons aussi fait rencontre de Jean Janot, laboureur au village du Nouhaud et Pierre Rivet laboureur au village de Sous le Croux paroisse dudit Linars, experts appelés par ladite Deblois de l'aveu desdits parents, auxquels avons aussi fait lecture de l'exposé de ladite Deblois, ont répondu accepter la commission et [] au requis desdits parents avons d'eux reçu le serment au cas requis après qu'ils nous ont dit être âgés, savoir ledit Rivet de soixante six ans et ledit Janot de cinquante deux, de laquelle prestation de serment, au requis de ladite veuve, parents et experts nous avons concédé acte et ont dit ne savoir signer de ce interpellés.
CHAUSSADE
Et à l'instant ladite veuve Tuilléras nous a représenté et auxdits parents les habits du défunt, consistant en une veste et une paire de culottes en drap de pays mélangé en bleu et un gilet de molleton mi-usés, deux autres mauvaises vestes, deux mauvaises paires de culottes et un mauvais gilet de drap de pays presque usés, un couteau, une tabatière de bois, un petit mouchoir, un mauvais chapeau, une paire de bas de fil et une de laine, le tout estimé dix livres, cy - 10£
Six chemises de toile commune dont quatre fort mauvaises et les autres deux mi-usées estimées par lesdits experts trois livres, cy - 3£
Plus un mauvais lit dont le [coutil] commun pour la couette et duvet presque usé garnis de vingt cinq livres de plumes dans la couette, le chevet de balle d'avoine, un châlit façon de village avec une mauvaise couverte de serge de pays, six livres, cy - 6£
Une petite armoire dont les côtés et dessus sont vieux, les portes presque neuves fermant à deux battants d'un loquet en fer et un en bois estimée trois livres, cy - 3£
Une table de trois planches de six pieds et deux bancs, une huche à pétrir faite de planches de chêne, trois chaises [] de paille estimées par lesdits experts à la somme de dix livres, cy - 10£
Un chaudron de cuivre rouge de deux seaux, une poêle à frire, une autre à faire des crêpes, un trépied en fer, un mauvais pot de fonte contenant deux seaux, un autre presque neuf d'un seau* et demi et un autre d'un demi-seau, avec leurs anses de fer, sans couvercle, un poêlon et une cuiller dont la coupe de cuivre jaune et la queue de fer, une crémaillère à onze anneaux de fer, le tout estimé vingt livres, cy - 20£
Deux seaux en bois cerclés de fer servant à porter l'eau, un godet, un autre seau à faire la pâte de blé noir, un tamis en [fraise], un marteau à ferrer les sabots, un autre et une forge à battre les faux, deux faux à faucher, quatre faucilles estimés six livres, cy - 6£
Un tour à faire les chaises, deux vilebrequins, deux ciseaux, une hache, une herminette, deux petites scies, un couteau à parer, un racloir, une petite tarière et une vrille estimés six livres, cy - 6£
Une cuiller à faire les sabots, deux hoyaux, deux pioches, deux hachereaux mi-usés, une mauvaise cognée, une scie, une fourche à trois pointes fort petite, une autre plus grande, trois mauvais paillons, deux autres mi-usés, deux paniers, un panier à fromage, un crible, un râtelier à mettre le pain, un seau à mettre la crème de lait, deux paires de dévidoirs estimés par lesdits experts à la somme de sept livres, cy - 7£
Un coffre mi-usé dans lequel s'est trouvé deux draps de lit provenant de Charles Pingou en toile d'étoupe, deux serviettes [], deux serviettes de toile métis, six draps de lit y compris deux servant au lit de la veuve en toile d'étoupe, un linceul de [brin] avec une grosse dentelle au milieu, le tout estimé par lesdits experts à la somme de vingt livres, cy - 20£
Cinq écuelles de terre de pays, un petit broc et un grand de même, un petit pot et quatre mauvaises cuillers d'étain commun estimés dix livres, cy - 10£
Et vu qu'il est déjà une heure après midi, nous nous sommes retirés et avons remis la continuation des présentes à deux heures de relevée où toutes parties intéressées demeurent assignées, en présence de Sr Isaac Dupuy praticien et Léonard Sautour sergent demeurant au bourg paroissial de Linards, témoins connus, requis et appelés soussignés avec nous et lesdits parents et experts ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés lecture faite.
DUPUY SAUTOUR CHAUSSADE
Et advenant les deux heures de relevée dudit jour vingt quatre décembre mil sept cent quatre vingt trois au requis de ladite veuve Tuilléras, en présence desdits parents et experts , avons continué ledit inventaire et sommes entrés dans une chambre à côté de la cuisine de ladite maison de la succession dudit feu Tuilléras où étant la veuve nous a représenté et aux parents un mauvais lit monté sur des piquets et morceaux d'ais garnis de paille, d'une mauvaise couette où il y a un peu de balle d'avoine, laquelle couette on a dit appartenir audit Charles Pingou, plus nous a représenté six aulnes de coutil commun et une pièce non foulée, une paillasse à repasser la farine, une ruche à mettre les abeilles, cinq poules et un coq, un mauvais berceau, huit livres de mauvais chanvre broyé, trois livres pesant de laine lavée, le tout estimé par lesdits experts à la somme de dix libres, cy - 10£
De là, accompagnés comme dessus, avons été au grenier de ladite maison où s'y est trouvé trois setiers blé noir, deux setiers de blé seigle, deux quartes d'avoine, une quarte de chènevis mesure de St Léonard, cinq mauvais sacs d'étoupe, deux [] ou [] à mettre le grain, quatre sacs de châtaignes séchées, un de glands, tout quoi a été estimé avec deux quartes de pommes communes sèches, estimé le tout à la somme de vingt quatre livres - 24£
De là sommes redescendus dans ladite chambre où lesdits parents et veuve nous ont fait voir qu'il y a environ six sacs de châtaignes vertes dont il y en a les trois quarts de pourries, le quart restant nécessaire à la nourriture des mineurs.
De là, accompagnés comme dessus, avons été à la grange dépendant de ladite hérédité où la veuve a représenté deux vaches dont une fort vieille et l'autre suitée d'un petit veau, estimées par lesdits experts cent vingt livres, cy - 120£
Onze brebis ou agneaux d'un an estimés vingt deux livres, cy - 22£
Une vieille ânesse estimée trois livres - 3£
Une charrette avec ses roues [], un tombereau, un joug garni de ses lanières et ferrements, un harnais à labourer garni de son contre oreille, soc et [chevalier], une perche avec son [chausson], deux échelles à voiturer le foin, une paire de cordes à même fin, deux fléaux, un râteau, deux fourches de bois, une échelle portative, tout quoi a été estimé trente livres, cy - 30£ - Total - 300£
Plus dans le grenier à foin soixante quintaux de foin et cinquante bottes de paille que lesdits parents ont dit être nécessaires pour la nourriture des bestiaux étant dans ledit bien, ainsi qu'environ dix sacs de raves
De là avons été au jardin de la même succession où fut trouvé trois ruches à miel garnies de leurs abeilles dont la moitié appartient audit Léonard Tuilléras cadet, conséquemment n'ont voulu les estimer.
De là sommes revenus à la maison domiciliaire, où étant ladite veuve nous a représenté un paquet de papiers, un petit dossier de procédure en défens contre Sr Jean Piquet, coté lettre A
Autre dossier de procédure entre Jean Tuilléras et Jean Pingou coté lettre B
Copie du contrat de mariage dudit feu Léonard Tuilléras avec Léonarde Mazeau du 26 février 1753 passé devant Martinot notaire coté lettre C
Copie de transaction passée entre Jean Léonard Tuilléras et Charles Pingou du 19 juin 1772 passé devant Chaussade notaire coté lettre D
Autre du partage fait entre Léonard et autre Léonard Tuilléras le 31 Xbre 1772 devant le même notaire coté lettre E
Autre d'une quittance par Jean Janot audit Tuilléras le 30 9bre 1775 devant Chaussade notaire coté F
Copie d'une vente faite par Pierre Duris audit feu Léonard Tuilléras du 10 mars 1770 devant Chaussade notaire coté lettre G
Autre d'une quittance par Jean Janot audit Tuilléras le 30 avril 1780 devant le même notaire coté H
Copie d'une vente faite par Pierre Delaboulandine audit feu Tuilléras le 13 8bre 1782 devant Chaussade notaire coté lettre J
Plus une quittance de ferme de [divers] de la Peyrassade du 9 8bre 1782 signée La Bachelerie de Châteauneuf coté K
Et enfin une quittance de rente du ténement de Sous le Croux du 4 8bre 1779 signée Dupont veuve Martin coté lettre L
Tous lesquels biens meubles, grains, effets, bestiaux, titres et papiers ladite Léonarde Deblois a dit être ceux délaissés par ledit feu Tuilléras qui sont venus à sa connaissance, dont elle s'est chargée pour les rendre à qui il appartiendra sous les réserves et exceptions faites audit exposé, affirmant et déclarant par ces présentes moyennant serment n'avoir saisi ni retiré rien autre chose qui appartienne à l'hérédité de sondit feu mari, déclarant que s'il en venait à sa connaissance elle les ferait mettre par addition au bas des présentes, laquelle déclaration lesdits parents comparants ont d'une commune voix affirmé être sincère et véritable, duquel inventaire ladite Deblois nous a requis acte pour servir et valoir que de raison, que lui avons concédé, fait et clos à cinq heures du soir audit village de Baubiat, en présence dudit Sr Jean Dupuy et Léonard Sautour sergent demeurant audit Linards soussignés, nos témoins exprès appelés et ladite veuve, parents et experts ont déclaré comme autre fois ne savoir signer de ce interpellés lecture faite
DUPUY SAUTOUR CHAUSSADE
Contrôlé à Linards le sept janvier 1784 reçu deux livres, insinué reçu trois livres dix sous pour deux livres dix sols CHAUSSADE

Document joint :
A monsieur le juge du marquisat de Châteauneuf
Supplie humblement Léonard Tuilléras, laboureur au village de Baubiat paroisse de Linards, tuteur décerné par justice aux enfants mineurs de feu Léonard Tuilléras, disant que par jugement du treize du courant, il aurait été réputé tuteur de Léonard, Marguerite et Jean Tuilléras ses neveux, fils dudit feu Léonard et de Léonarde Deblois, et que pour ne faire confusion de ses biens avec ceux desdits mineurs et encore pour éviter tout reproche de leur part, il aurait été conseillé de vous donner la présente requête, aux fins que ce considéré il vous plaise, Monsieur, permettre au suppliant de faire faire inventaire du mobilier dépendant de la succession dudit feu Léonard Tuilléras ou faire faire récolement de celui qui a pu être fait par ladite Deblois et en outre lui permettre aussi de faire constater procès verbal des bâtiments et biens dépendants de la même succession par le ministère de tel notaire qu'il vous plaira nommer à cet effet et l'autoriser à appeler un expert et de lui recevoir le serment au cas requis, à ces fins permettre d'assigner par une affiche publique à la principale porte de l'église de Linards pour que les intéressés audit inventaire et procès verbal y assistent au jour et heure indiqués par l'assignation et affiche, faute de quoi qu'il soit procédé tant à leur absence que présence, et ferez bien.
BARGET procureur du suppliant.
Acte de la présente requête au suppliant et à lui permis de faire faire inventaire du mobilier et procès verbal des immeubles dépendants de la succession de feu Léonard Tuilléras, à ces fins permis d'assigner tous parents et intéressés auxdits inventaire et procès verbal par vue sur l'affiche au jour indiqué, à l'effet de la faction desquels inventaire et procès verbal nous avons commis et nommé la personne de m° Jean Louis Chaussade, notaire royal à Linards, que nous autorisons à nommer tel expert qu'il avisera, duquel nous l'autorisons aussi à recevoir le serment au cas requis, fait à Châteauneuf le vingt mars mil sept cent quatre vingt quatre
PIGNE juge
 

Affiche :
On fait savoir à tous ceux qu'il appartiendra que par vertu de la requête présentée à M. le juge de Châteauneuf et de son ordonnance bas-[] en date du jour d'hier signée de M. Pigne, juge, il sera fait inventaire des meubles effets, grains et bestiaux, titres et papiers dépendant de la succession de feu Léonard Tuilléras et au procès verbal des immeubles et bestiaux par lui délaissés, vendredi prochain que l'on comptera le vingt six mars, à huit heures du matin et jours suivants par le ministère de m° Jean Louis Chaussade notaire royal à Linards commis à cet effet par ladite ordonnance, lequel sera assisté d'un expert duquel il est autorisé à recevoir le serment au cas requis, auquel inventaire et procès verbal il sera procédé à la requête de Léonard Tuilléras, tourneur demeurant au village de Baubiat paroisse de Linards, tuteur décerné aux enfants mineurs dudit feu Léonard Tuilléras nommés Léonard, Marguerite et Jean Tuilléras et faute pour les intéressés de se trouver au jour et heure de ladite assignation leur avons déclaré qu'il y sera procédé tant en leur absence que présence, sous la réserve que fait le requérant de respecter tous ses frais et avances, fait à la principale porte de l'église de Linards par nous Jean Barget huissier royal soussigné, reçu et immatriculé aux greffes des cours présidiale et sénéchale de Limoges résidant au bourg et paroisse de Linards, dont acte le vingt un mars mille sept cent quatre vingt quatre. BARGET
 

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